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Full text of "Du choléra-morbus, son siége, sa nature et son traitement"

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SON  SIËdE, 

SA  NATURE  Eï  SON  TRAITEMENT. 


Le  grariJ  sympathique  est  an  GlîOÎéra-nî0i'l)U9 
C<.'  que  le  cerveau  est  à  répiiopsie. 

(  l'ahtedr.  ) 
FAB.  I..   AUZOU^t 

DOCTEUR     EN     MEDECINE^ 

Aaîeuv  de   l'Analomie   Clasiir/aci 


PARIS, 

Chez  BÂÎLLÉPcE,  Lîdraire, 
Place  de  l'Ecole  de  Médecine  ,    IN*    5. 


185^2. 


IMPRIMERIE  DE  SETIER, 

KCE    DE    GREIN'ELLE    SAîKl    HONORÉ,    K°    2\ 


Eii  livraiU  au  public  le  résultat  Je  mes  re- 
cherches sur  le  Cholcra-morbus  ^  je  cède  à  ce 
que  je  crois  un  devoir  ;  puiasé-je  voir  accueil- 
lir favorablement  mes  idées  dont  la  nouveauté 
sera  pcut-ôlrc  pour  plusieurs  médecins  une 
cause  de  réprobation  l 

Ce  n'est  point  une  opinion  hasardée  que  j'é- 
mets sur  cette  maladie;  ceux  qui  me  liront  la 
trouveront  fondée  sur  les  lois  del'anatomie,  de 
la  physiologie  et  sur  les  phénomènes  patholo- 
giques 5  confirmée  par  l'autopsie  cadavérique , 
conforme  à  l'observation  ,  et  appuyée  par  tous 
les  faits  recueillis  et  pvibliés  jusqu'à  ce  jour. 

Cette  opinion  que ,  durant  le  séjour  que  je 
viens  de  faire  en  Angleterre,  j'ai  souvent  pro- 
fessée en  présence  des  médecins  les  plus  distin- 
gués de  Londres ,  dans  des  réunions  composées 
des  praticiens  qui  s'occupaient  le  plus  active- 
ment de  cette  épidémie  ; 

Cette  opinion  que  j'ai,  depuis  mon  retour 


à  Paris  >  soumis  à  mes  anciens  maîtres  et  a 
mes  confrères  auxquels  je  suppose  plus  d'ha- 
bitude et  de  comiaissance  des  maladies;  cette 
opinion  n'ayant  jusqu'à  présent  rencontré  au- 
cune objection  solide,  aucun  contradicteur, 
je  la  livre  à  la  publicité. 

Si  cette  opinion  est  adoptée,  j'aurai  la  satis- 
faction d'avoir  contribué  à  mettre  les  médecins 
sur  la  voie  de  la  vérité  ;  si  elle  est  repoussée , 
c'est  qu'on  aura  trouvé  quelque  chose  de  plus 
satisfaisant.  Dans  l'une  ,  comme  dans  l'autre 
circonstance ,  je  devrai  des  remercîmens  à  ceux 
qui  me  feront  l'honneur  de  me  communiquer 
des  raisons  ou  des  faits ,  soit  pour  combattre 
cette  théorie,  soit  pour  l'appuyer. 


DU 


SON  SIEGE , 

SA  NATURE  ET  SON  TRAITEMENT, 


Jeiie  désigne  sous  ie  nom  de  Choîéra-Morbus, 
que  cette  période  que  Ton  appelle  Algide ,  que 
j'appellerai  nerveuse,  qui  se  termine  par  un 
état  de  stupeur ,  dont  la  durée  est  très  variable , 
peut-être  de  3  heures,  de  lo  heures,  de  24 
heures;  je  ne  sache  pas  que  jamais  on  Fait  vu 
durer  plus  long-temps.  Je  regarde  comme  con- 
sécutifs, et  d'une  nature  toute  différente,  sou- 
vent comme  un  effet  du  traitement ,  les  phé- 
nomènes si  variables  ,  si  incoustans ,  quelque- 
fois  nuls  qui  succèdent  à  cette  période. 

S'il  est  vrai  que  cette  maladie  se  fasse  re- 
marquer par  les  dérangcmens  qui  surviennent; 
dans  les  fonctions  de  la  digestion ,  de  la  respi- 
ration ,  de  la  circulation  et  des  sécrétions  ; 


S'il  est  vrai  que  Ton  trouve  constamment  à 
l'autopsie  des  cadavres  qui  ont  succombé  au 
choléra  : 

La  vessie  dépourvue  d'urine , 

la  vésicule  biliaire  remplie  de  bile , 

Un  liquide  blanchâtre  ^  floconneux  ^  dans 
l'intestin  grêle , 

Du  sang  noir  dans  les  artères. 

S'il  est  encore  vrai  que  les  signes  caractéris- 
tiques de  cette  maladie  soient  : 

Des  déjections  intestinales  dépourvues  de 
malières  colorantes  , 

La  cessation  du  pouls, 

Le  refroidissement  de  toutes  les  parties  du 
corps,  d'abord  des  extrémités 5  puis  du  centre, 

Le  défaut  d'hématose, 

j.a  cessation  de  la  sécrétion  ur inaire? 

S'il  est  vrai  qu'avant  de  présenter  ces  symp- 
tômes ,  le  malade  éprouve  une  petite  diarrhée 
sans  colique; 

Un  sentiment  vague  d'inquiétude  et  de  fai- 
blesse; 

La  conviction  d\in  commencement  de  ma- 
ladie ,  sans  presqu'oser  en  faire  l'aveu  ; 

Nous  devons  être  étonnés  que  les  médecins 
lie  soient  pas  d'un  avis  unanime  sur  la  naiiirc 


7 
et  le  siège  de  cette  maladie,  et  que  les  opinions 
pour  le  traitement  soient  si  dissidentes. 

Comment,  en  effets  l'anatomiste  a-t-il  pu 
voir  un  cholérique  sans  se  rappeler  la  grande 
division  indiquée  par  Bichat  :  en  organes  de  la 
vie  organique,  et  organes  de  la  vie  animale? 

Je  copie  textuellement  Bichat,  et  j'appelle 
toute  l'attention  des  médecins  sur  ce  passage  : 

«  Tous  les  anatomistes  ont  considéré  jus- 
»  qu'ici  le  système  nerveux  d'une  manière 
»  uniforme,  mais  pour  peu  que  l'on  réflé- 
»  chisse  aux  formes,  à  la  distribution,  à  la 
»  texture ,  aux  propriétés  et  aux  usages  des 
5)  branches  diverses  qui  le  composent,  il  est 
«  facile  de  voir  qu'elles  doivent  être  rappor- 
')  tées  à  deux  systèmes  généraux  5  essentielle- 
»  ment  distincts  l'un  de  l'autre,  et  ayant  pour 
»  centres  principaux ,  l'un  le  cerveau  et  ses  dé- 
'■>  pendances ,  l'autre  les  ganglions.  Le  premier 
»  appartient  spécialement  à  la  vie  animale  ;  il 
))  y  est ,  d'une  part ,  l'agent  qui  transmet  au 
»  cerveau  les  impressions  extérieures  desti- 
»  nées  à  produire  les  sensations,  de  l'autre 
»  part  il  sert  de  conducteurs  aux  voiitions  de 
»  cet  organe,  qui  sont  exécutées  par  les  mus» 
»    clcs  auxquels  ils  se  rend.  Le  second  ,  près- 


4  que  partout  distribué  aux  organes  de  la  di- 
»  gestion ,  de  la  circulation ,  de  la  respiration  , 
»  des  sécrétions,  dépend  d'une  manière  plus 
»  particulière  de  la  vie  organique ,  où  il  joue 
»  un  rôle  bien  plus  obscur  que  celui  du  pré- 
»    cèdent.   » 

Cette  division  professée,  généralement  re- 
connue 5  adoptée  par  tous  les  analomistes  de- 
puis Bichat,  ne  peut  être  aujourd'hui  mé- 
connue, 

L'anatomie  ne  démontre-t-elle  pas  jusqu'à 
l'évidence  que  certains  organes  ne  reçoivent  de 
nerfs  que  du  cerveau  ;  d'autres  que  du  système 
ganglisnaire ,  autrement  dit  grand  sympathi- 
que ,  et  que  d'autres  reçoivent  des  nerfs  de  l'un 
et  l'autre  système? 

]N 'est-il  pas  démontré  que  les  organes  qui 
tirent  leurs  nerfs  du  cerveau  sont  soumis  à 
notre  volonté?  qu'ainsi  nous  pouvons  contrac- 
ter les  fibres  musculaires  qui  font  agir  nos 
doigts ,  nos  membres ,  modifier  les  mouvemens 
qui  en  résultent ,  et  que  toutes  les  sensations 
perçues  par  cette  classe  d'organes,  sont  rap- 
portées au  cerveau  ? 

IN 'est-il  pas  démontré  que  les  organes  au 
contraire  qui  reçoivent  leurs  nerfs  du  grand 


9 
sympathique ,  sont  indépendants  de  notre  vo- 
lonté 5  et  les  sensations  perçues  par  eux  ne  sont 
point  rapportées  au  cerveau? 

Ainsi  nous  ne  pouvons  pas  faire  que  notre 
cœur  batte  plus  vite  ou  plus  lentement,  nous 
ne  pouvons  pas  faire  que  notre  poumon  ab- 
sorbe une  plus  grande  quantité  dair,  que  no- 
tre estomac  se  débarrasse  des  alimens  contenus 
dans  sa  cavité,  que  le  foie  sécrète  une  plus 
grande  quantité  de  bile ,  le  rein  une  plus  grande 
quantité  d'urine ,  etc. 

Ainsi  les  sensations  perçues  par  ces  organes 
ne  sont  point  rapportées  au  cerveau,  notre 
cœur  est  rempli  de  sang ,  nous  n'en  avons  pas 
la  conscience.  L'air  introduit  dans  nos  poumons 
est  froid  ou  chaud ,  nous  n'en  éprouvons  au- 
cune sensation.  Des  alimens  sont  portés  dans 
i  estomac  ,  nous  n'en  gardons  que  le  souvenir , 
nous  ne  pouvons  pas  faire  que  cet  organe  les 
digère  plus  vite  ou  pins  lentement;  tant  qu'ils 
ont  été  dans  la  bouche ,  nous  en  avons  appré- 
cié la  température,  la  saveur,  les  qualités  acres 
ou  alcooîicjues  ;  à  peine  ont-ils  franchi  Farrière- 
bouche ,  que  nous  ne  les  sentons  plus ,  Festo- 
mac  les  digère  malgré  nous,  et  indépendam- 
lîîcnt  de  notre  volonté. 


10 

N'est-il  pas  encore  démontré  que  les  orga- 
nes qui  tirent  leurs  nerfs  du  grand  sympathi- 
que et  du  cerveau  5  sont,  jusqu'à  un  certain 
point,  soumis  à  notre  volonté ,  et  les  sensations 
perçues  par  eux,  sont,  dans  certaines  circon- 
stances 5  rapportées  au  cerveau  ? 

En  divisant  ainsi  les  organes  en  trois  classes  , 
nous  trouverons  : 

i**  Des  organes  qui  ne  reçoivent  des  nerfs  que 
du  grand  sympathique. 

2°  Des  organes  qui  reçoivent  des  nerfs  et  du 
grand  sympathique  et  du  cerveau, 

5"  Des  organes  qui  ne  reçoivent  des  nerfs  que 

du  cerveau. 

'Lapartiemoyennedulubeinlcslinaî; 
La  vésicule  biliaire , 
Le  foie, 
Dans  la  i"  série /La  rate, 
nous  placerons  :  \  Le  Pancréas , 
J Le  rein, 
f  Le  cœur, 
\Les  vésicules  pulmonaires. 

/  L'estomac , 
I La  vessie, 

^        ,      ,    j  .    iLe  colon , 

.  1  Le  pharynx. 

\Lc  larynx. 

Dans  la  5"  série) Tous  les   muscles   du    îronc   cl  àçs 
JÎ0115  placerons  :  f      membres. 


11 

Que  conclure  de  ces  considérations  physio- 
logiques ? 

Que  les  organes  delà  première  série  peuvent 
être  malades  sans  que  nous  en  soyons  préve- 
nus, ou  par  la  douleur,  puisque  les  sensations 
ne  sont  pas  rapportées  au  cerveau ,  ou  par  les 
dérangemcns  qui  surviennent  dans  leurs  fonc- 
tions, puisque  ces  fonctions  ne  sont  pas  appa- 
rentes. 

Que  les  organes  de  la  deuxième  série  ne 
peuvent  être  malades  sans  que  nous  en  soyons 
prévenus,  soit  par  le  dérangement  de  fonc- 
tions ,  soit  par  un  sentiment  de  douleur. 

Que  les  maladies  de  la  troisième  série  ne 
peuvent  jamais  être  méconnues. 

11  est  à  regretter  que  les  praticiens  n'aient 
pas  plus  tôt  fait  l'application  de  ces  données 
physiologiques  aux  phénomènes  que  présente 
le  choiéra-morbus;  il  est  tiès-proÎ3a]3Îe  : 

Que  tous  les  praticiens  seraient  maintenant 
d'acord  sur  le  siège  de  cette  maladie ,  sur  sa 
nature  cL  sur  le  traitement. 

Que  les  phénomènes ,  peu  a p païens  à  la 
vérité,  mais  constans ,  qui  se  font  remarquer 
au  début  de  la  maladie  ,  scraicni  mieux  connus 
ci  mieux  appréciés. 


Que  5  dans  un  grand  nombre  de  cas ,  on  en 
aurait  arrêté  Je  développement  en  n  attendant 
pas,  pour  constater  la  maladie  et  y  opposer 
un  traitement,  que  certains  organes  aient  déjà 
cessé  leurs  fonctions. 

Car  tous  les  médecins  de  bonne  foi  con- 
viennent que  c'est  seulement  au  début  de  la 
maladie  que  la  médecine  offre  quelque  res- 
source conti'e  cette  épidémie. 

Pour  moi ,  le  choléra  n'est  ni  une  inflamma- 
tion du  tube  intestinal,  ni  une  asphyxie  du 
poumon ,  ni  une  maladie  cérébro  spinale. 

Je  la  regarde  comme  une  maladie  analogue  à 
Fépilepsie.  Le  grand  sympathique  est  au  cho- 
léra-morbus  ce  que  le  cerveau  est  à  Fépilepsie, 

L'épilepsie  apporte  des  dérangemens  dans  les 
fonctions  de  tous  les  organes  de  la  vie  aunimale. 

Le  choléra-niorbus  apporte  des  dérangemens 
dans  les  fonctions  de  tous  les  organes  de  la  vie 
organique, 

Puisqu'on  ne  peut  nier  que  la  première 
ait  son  siège  dans  le  cerveau ,  pourquoi  re- 
fuserait-on d'admettre  que  le  second  ait  le 
sien  dans  le  grand  sympathique? 

Tous  les  médecins  qui  possèdent  des  con- 
naissances positives  en  anatomic  ^  en  ont  eu  la 


i5 

la  pensée,  mais  aucun ,  je  crois ,  jusqu'à  pré- 
sent, ne  l'a  démontré  anatomlquement ,  phy- 
sioiogiquement  et  pathologiquement. 

Je  vais  tâcher  de  le  faire. 

Si  l'on  tient  compte  des  différentes  périodes 
de  cette  maladie ,  on  remarque  que  le  choléra- 
morbus ,  observé  en  Asie ,  en  Afrique ,  en  Eu- 
rope, a  partout  offert  les  mômes  symptômes, 
et  que  les  cadavres  ont  constamment  présenté 
à  l'autopsie  les  mêmes  phénomènes  dans  les 
organes. 

Si  dans  les  observai  ions  publiées  jusqu'à  ce 
jour  nous  trouvons  quelque  différence,  elle 
vient  de  ce  que  l'examen  n'a  point  été  fait  à  la 
même  période  de  la  maladie.  Toutes  les  autop- 
sies cadavériques  faites  par  nos  plus  habiles 
médecins  au  début  de  l'épidémie  n'ont  offert 
aucune  altération  de  tissu,  parce  que  presque 
tous  les  malades  succombaient  à  la  période  de 
froid  ;  maintenant  l'épidémie  perdant  de  son 
intensité,  la  maladie  parcourt  ses  périodes  avec 
moins  de  rapidité  ,  la  réaction  a  lieu  le  plus 
souvent ,  beaucoup  de  malades  guérissent ,  et 
l'autopsie  des  cadavres  cholériques  présente 
constamment  des  altérations  de  tissu  plus  ou 
moins  apprécirbles. 


14 

Comme  Vont  fait  remarquer  tous  les  obser- 
vateurs de  tous  les  siècles  ,  au  commencement 
d'une  épidémie  les  malades  succombent  avec 
une  promptitude  extrême ,  tandis  qu'à  la  (in 
ils  guérissent  presque  tous  ,  ce  qui  fait  croire 
aux  médecins  qu'ils  ont  trouvé  les  moyens  de 
guérison. 

Je  distinguerai ,  comme  on  Fa  fait  j  usqu'alors 
pour  cette  maladie ,  trois  périodes  : 

Période  d'invasion  ,  période  algide ,  et  pé- 
riode de  réaction. 

Dans  la  première  période,  dérangement  dans 
les  fonctions  des  organes  de  la  première  série  , 
c'est-à-dire  de  ceux  qui  ne  reçoivent  des  nerfs 
que  du  grand  sympathique. 

Dans  la  seconde  période ,  dérangemens  dans 
les  fonctions  des  organes  de  la  seconde  et  de  la 
troisième  série. 

Dans  la  troisième  période  ^  réaction  ou  ré- 
surrection des  organes ,  c'est-à-dire  que  les  or- 
ganes qui  avaient  cessé  momentanément  leurs 
fonctions  les  reprennent. 


PREMIÈRE    PÉRIODE. 

SYMPTÔMES, 

Gargouiilemens  accompagnés  d'une  petite 
diarrhée  ,  d'abord  peu  abondante  ,  et  qui  aug- 
mente de  plus  en  plus  ;  les  selles  se  font  non 
avec  ténesme ,  comme  dans  la  dyssenterie  or- 
dinaire ,  mais  facilement ,  et  pour  ainsi  dire  à 
l'insu  du  mala  îe.  Cet  état  s'accompagne  d'a- 
bord de  fatigue  semblable  à  celle  que  fait 
éprouver  un  commencement  d'asphyxie  ou 
d 'apoplexie;les  pulsationsdes  artèresdiminuent , 
les  extrémités  se  refroidissent,  la  peau  qui  leur 
sert  d'enveloppe  n'est  plus  tendue ,  transpa- 
rente; elle  devient  pâle,  ridée,  prend  une 
teinte  bleuâtre.  L'urine  devient  moins  abon- 
dante, les  déjections  alvines  ,  d'abord  jaunes, 
offrent  une  couleur  et  une  odeur  moins  pro- 
noncée s» 

DEUXIÈME    PÉRIODE. 

L'accablement  devient  excessif,  la  faiblesse 
musculaire  telle  que  le  malade  ne  peut  plus  se 
mouvoir ,  cessation  complète  de  îa  sécrétion 
uriuairc ,  la  respiration  devient  dlilicile ,  tout- 


i6 

à-fait  costale,  iair  expulsé  des  poumons, moms 
chaud  d'abord 5  devient  froid;  soumis  à  l'ana- 
lyse chymique  ,  cet  air  n  a  éprouvé  de  son  in- 
troduction dans  le  poumon  aucune  altération 
appréciable;  les  pulsations  du  coeur  décrois- 
sent d'une  manière  effrayante  ,  bientôt  on  ne 
sent  plus  qu'un  frémissement.  Le  froid  des  ex- 
trémités gagne  le  centre ,  la  langue  devient 
froide ,  large  et  flasque  ;  les  extrémités  ,  de 
bleuâtres  qu  elles  étaient,  deviennent  d'un  bleu 
prononcé.  Les  vomissemens  aqueux  ,  très- 
fréquens  ,  d'un  liquide  floconneux,  d'abord 
abondans,  deviennent  plus  rares  ,  s'accom- 
pagnent de  douleurs  à  l'épigastre.  Les  vomis- 
semens qui  d'abord  avaient  lieu  avec  une  force 
convulsive  telle  que  les  liquides  étaient  jetés 
au  loin  avec  éclaboussure ,  deviennent  moins 
forts,  et  bientôt  si  faibles  que  les  efforts  de 
l'estomac  ne  suffisent  plus  pour  expulser  les 
matières  au  dehors.  Les  déjections  alvines  de- 
viennent plus  fréquentes ,  plus  liquides ,  et 
tellement  incolores  que  les  draps  n'en  sont 
même  pas  tachés.  Cet  état  s'accompagne  de 
crampes  très-pénibles  pour  le  malade  ;  le  plus 
souvent  elles  ne  sont  point  suivies  de  contrac- 
tion des  membres,  et  ne  peuvent  être  aperçues 


1" 

par  robscrvateur.  La  voix  s'altère  ,  les  paroles 
paraissent  plutôt  soufflées  que  prononcées ,  dit 
M.  Broussais;  la  vision  et  l'audition  sont  sensi- 
blement diminuées;  l'activité  du  cerveau  se  ra- 
lentit et  fait  craindre  une  fin  prochaine. 

Les  membres  exécutent  encore  de  temps  en 
temps  quelques  légers  mouvemens. 

Et  enfin  la  cessation  des  fonctions  est  com- 
plète. 

Si  cet  état  dure  un  temps  trop  long ,  la  mort 
réelle  arrive. 

Il  me  semble  tout-à-fait  inutile  d'en  donner 
l'explication  ;  tout  le  monde  comprendra  que 
la  vie  ne  peut  exister  sans  circulation ,  sans 
respiration,  etc. 

Alors  arrive  la  mort  ou  la  réaction. 

TROISIÈME    PÉRIODE, 

RÉACTION    OU    RÉSURRECTION    DES    ORGANES. 

Lja  chaleur  reparait  d'abord  vers  le  tronc  , 
puis  vers  les  extrémités;  le  cœur  recommence 
ses  battemens ,  la  respiration  se  rétablit ,  tous 
les  organes  reprennent  successivement  leurs 
fonctions ,  et  la  maladie  se  terminerait  là ,  si  des 
accidens  consécutifs  ,  au  moins  aussi  redouta- 


î8 

blés  que  la  maladie  eile-même ,  ne  détermî-* 
naient  dans  certains  organes  des  désordres ,  qui 
le  plus  souvent  sont  mortels  si  le  malade  est 
abandonné  à  lui-même. 

De  même  que  nous  avons  vu  tous  les  phé- 
nomènes se  succéder  selon  Tordre  anatomique 
indiqué  par  Bicbat,  de  même  nous  voyons 
les  fonctions  se  rétablir  dans  le  même  ordre  ^ 
d*abord  dans  les  organes  de  la  première  série , 
puis  de  la  deuxième ,  puis  de  la  troisième. 

Malheureusement  la  réaction  n'a  pas  lieu 
dans  tous  les  organes  en  même  temps ,  et  lors- 
que les  organes  de  la  première  série  reprennent 
leurs  fonctions  ,  ceux  de  la  troisième  sont  en- 
core dans  letat  de  stupeur. 

Le  cœur  reprenant  ses  fonctions  presse  le 
sang  avec  une  force  aussi  grande  que  si  ce  li- 
quide devait  parcourir  tout  le  système  artériel  ; 
delà  les  désordres  épouvantables  qui  arrivent, 
de  là  les  congestions ,  ou  cérébrales ,  ou  pul- 
monaires ,  ou  intestinales ,  etc. 

D'après  ces  faits  qui  sont  constans,  et  qui 
ont  été  remarqués  par  tous  ceux  qui  ont  vu 
des  cholériques  ,  comment  peut-on  refuser 
d'admettre  : 

i"  Que  ces  dérangemens  dans  les  fonctions 


19 
soient  dus   à   rinfluence  du  grand  sympathi- 
que ; 

2°  Que  les  dérangemens  se  succèdent  dans 
l'ordre  anatomique  indiqué  par  Bichat  ; 

5*".  Que  ces  dérangemens  se  font  toujours 
remarquer  par  un  état  d'exaltation  de  fonc- 
tions, suivi  d'un  état  de  collapsus. 

S'il  nous  restait  quelque  doute ,  examinons 
le  cadavre ,  nous  trouvons  constamment  : 

1**  La  vessie  dépourvue  d'urine,  ce  qui  doit 
être,  puisque  le  rein  ne  reçoit  de  nerfs  que  du 
grand  sympathique ,  tandis  que  la  vessie  reçoit 
des  nerfs  de  l'un  et  de  l'autre  système,  et  que 
lorsque  les  reins  ont  déjà  cessé  leurs  fonctions, 
la  vessie  continue  encore  les  siennes  et  se  dé- 
barrasse du  liquide  contenu  dans  sa  cavité  ; 

2"  La  partie  inférieure  de  l'intestin  grêle  , 
constamment  remplie  d'un  liquide  incolore  , 
floconneux,  tandis  que  le  colon,  le  rectum, 
l'estomac  et  le  commencement  du  tuhe  intes- 
tinal sont  souvent  vides,  ce  qui  doit  être , 
puisque  la  partie  moyenne  de  ce  tube  ne  re- 
çoit de  nerfs  que  du  grand  sympathique,  tan- 
dis que  les  extrémités  reçoivent  des^  nerfs  de 
l'un  et  l'autre  système  ;  l'intestin  doit  donc 
cesser  ses  fonctions  le  premier  ;  de  là    l'accu- 


20 

mulaîion  du  liquide  que  l'on  trouve  dans  sa  ca- 
vité, liquide  blanc  ,  qui  n  est  autre  chose  que  la 
mucosité  sécrétée  par  îa  muqueuse  du  tube 
intestinal,  qui,  souvent  mise  en  jeu  par  la 
contraction  des  fibres  musculaires  de  l'intestin , 
éprouve  ce  que  toutes  les  muqueuses  éprou- 
vent en  pareille  circonstance  ,  une  augmenta- 
tion, desécrédon. 

Les  glandes  de  Peyer ,  les  gland  nies  de  Brun- 
ner,les  cryptes  muqueux  ,  sont  plus  dévelop- 
pés parce  que  la  sécrétion  muqueuse  a  été 
augmentée,  et  il  arrive  pour  ces  glandules  ce 
que  l'on  remarque  daos  les  glandules  de  la 
bouche,  dans  les  cas  de  salivation  par  l'em- 
ploi du  mercure,  et  cependant  personne,  que 
je  sache  jusqu'il  présent ,  n'a  vu  dans  ce  dé- 
veloppement le  siège  ou  la  cause  de  la  syphillis. 

Le  liquide  s'accumule  dans  l'intestin  grêle  , 
parce  que  cette  portion  du  tube  intestinal  ap- 
partenant à  la  première  série,  cesse  ses  fonctions, 
et  se  laisse  dilater  passivement  sans  pouvoir 
réagir. 

La  vésicule  biliaire  appartenant  à  la  première 
série  cesse  ses  fonctions  avant  le  foie,  de  là  la 
raison  pour  laquelle  cette  poche  est  constam- 
ment dilatée.  Une  fois  j'ai  trouvé  les  vaisseaux 


2  1 

cystiques  ,  hépatiques  et  choiëdoques  énorme^ 
ment  dilatés,  et  remplis  de  bile  jusqu'à  Tinser- 
tion  de  ce  canal  dans  le  duodénum;  aucune 
trace  de  bile  n'existait  dans  l'intestin. 

La  vésicule  ayant  cessé  ses  fonctions  la  pre- 
mière, ne  réagit  plus,  raison  pour  laquelle  le 
liquide  contenu  dans  les  intestins  est  constam- 
ment incolore. 

Le  sang  contenu  dans  les  artères  est  cons- 
tamment noir ,  parce  que  les  vésicules  pulmo- 
naires ont  cessé  leurs  fonctions ,  et  l'hématose 
ne  se  fait  plus.  Si  cette  assertion  avait  besoin  de 
preuves,  il  suffirait  de  se  rappeler  que  l'air 
expulsé  des  poumons  n'a  éprouvé  aucune  al- 
tération appréciable,  preuve  incontestable  que 
le  sang  n'a  point  été  en  contact  avec  l'air,  que 
l'air  ne  pénètre  plus  jusqu'aux  vésicules  pul- 
monaires. Que  penser  de  l'introduction  de 
l'oxigène  dans  le  poumon  ! 

On  remarque  la  cyanose  des  extrémités  par- 
ce que  du  sang  noir  est  poussé  dans  les  artères. 
Ce  n'est  pas  seulement  dans  les  extrémités  que 
l'on  remarque  cette  cyanose ,  on  la  retrouve 
dans  tous  les  organes  ;  tous  les  tissus  ont  une 
teinte  plus  ou  moins  violacée.  Que  l'on  com- 
pare un  muscle  d'un  cholérique  avec  celui  d'ua 


^% 


sujet  qui  aura  succombé  à  toute  autre  mala- 
die 5  on  trouvera  une  différence  notable  ;  on 
trouvera  cette  différence  pour  tous  les  organes^ 
parce  qu'il  y  a  stase  du  sang  dans  les  capil- 
laires,  et  que  ce  sang  est  noir,  ce  qui  donne 
aux  membranes  une  teinte  violacée  près  qu'in- 
flammatoire :  ce  qui  a  fait  croire  aux  uns  à 
une  inflammation  des  méninges  ou  du  cerveau, 
aux  autres  à  y  ne  inflammation  du  canal  in- 
testinal. 

Les  extrémités  se  refroidissent  et  deviennent 
glaciales  j  malgré  tous  les  soins  que  l'on  pro- 
digue au  malade ,  parce  que  le  cœur  apparte- 
nant à  la  première  série ,  ne  pousse  plus  le  sang 
jusqu'aux  parties  éloignées. 

Je  n'hésite  pas  à  admettre ,  avec  la  plupart 
des  anatomistes  qui  ont  observé  le  choléra- 
morbus ,  que  cette  maladie  a  son  siège  dans  le 
grand  sympathique. 

On  objectera  que  les  recherches  les  plus  mi- 
nutieuses n'ont  point  montré  dans  le  grand 
sympathique  d'altération  de  tissu.  Comment 
une  altération  de  tissu  dans  cet  appareil  serait- 
elle  nécessaire  pour  expliquer  les  dérange- 
mens  de  fonctions  qui  surviennent  dans  les 
organes  de  la  vie  organique?  Croit-on  à  nïie 


25 

altération  de  tissu  du  cerveau ,  parce  que  cer- 
tains organes  de  ce  système  sont  mis  plus  sou- 
vent  en  jeu ,  ou  même  agités  convulsivement? 

J  ai  dit  que  je  trouvais  la  plus  grande  ana- 
logie entre  le  choléra  et  Tépilepsie. 

L'épilepsie  est  caractérisée  par  des  désordres 
dans  les  fonctions  du  cerveau ,  le  choléra-mor- 
bus  par  des  désordres  dans  les  fonctions  du 
grand  sympathique. 

L'une  et  l'autre  maladie  amènent  des  dé- 
rangemens  dans  les  fonctions  des  organes  qui 
dépendent  de  l'un  ou  de  l'autre  système. 

L'une  et  l'autre  surprennent  et  viennent 
tout-à-coup. 

L'une  et  l'autre  frappent  indistinctement 
l'homme  en  santé  et  le  convalescent. 

L'une  et  l'autre  se  propagent  par  l'influence 
morale. 

L'une  et  l'autre  peuvent  être  arrêtées  par 
une  impression  forte  ,  par  une  distraction 
vive. 

L'une  et  l'autre  se  manifestent  par  un  état 
d'exaltation  suivi  de  collapsus. 

L'une  et  l'autre  attaquent  les  différentes  es- 
pèces d'animaux. 


i4 

L'une  et  i'aulre  parcourent  leurs  périodes  en 
quelques  heures. 

L'une  et  l'autre  peuvent  cesser  tout-à-coup , 
et  le  malade  peut  revenir  subitement  à  un  état 
complet  de  santé,  si  les  dérangemens  dans  (e& 
fonctions  n'ont  point  déterminé  de  lésion  dans  les 
tissus. 

De  même  qu'à  Fautopsie  d'un  cadavre  épi- 
leptique,  on  ne  trouve  jamais  d'altérations 
identiques  dans  les  tissus,  et  que  souvent  on 
n'en  trouve  aucune ,  de  même  les  cadavres  des 
cholériques  ne  présentent  pas  constamment 
d'altérations  uniformes  dans  les  organes  de  la 
vie  organique ,  et  souvent  n'offrent  aucun  dé- 
sordre appréciable  aux  sens.  Ce  qui  a  fait  dire 
à  M.  P(^tit,  avec  beaucoup  de  raison  ,  que  cette 
maladie  était  convulsive. 

J'appelle  l'une  épilepsie  du  cerveau,  l'autre 
épilepsie  du  grand  sympathique,  et  si,  avec 
M.  Broussais ,  nous  admettons  que  la  première 
est  due  à  l'irritation  du  cerveau,  pourquoi 
n'admettrions-nous  pas  que  la  seconde  soit  due 
à  l'irritation  du  grand  sympathique  ? 

Quant  aux  causes,  elles  ne  sont  pas  plus, 
connues  dans  un  cas  que  dans  l'autre  ;  ce  qui 
est  généralement  admis,  c'e?t  que  les  affeç- 


2b 

tions  morales ,  les  commotions  du  système  ner- 
veux, et  toutes  les  circonstances  débilitantes 
prédisposent  à  ces  deux  maladies.  Qu'elles  se 
développent  sous  l'influence  d'un  agent  subtile 
et  insaisissable  à  nos  recherches  ,  cet  agent  me 
paraît  avoir  la  plus  grande  analogie  avec  ce 
principe  qui  fait  qu'un  individu  en  parfait  état 
de  santé,  témoin  d'un  accès  d'épilepsie , 
éprouve  immédiatement,  ou  peu  après,  les 
mêmes  accidens. 

A  l'appui  de  cette  opinion  ,  il  serait  facile  de 
citer  un  grand  nombre  d'exemples  d'individus 
qui  ont  éprouvé  des  symptômes  de  Choléra 
parce  qu'on  leur  a  montré  des  cholériques ,  ou 
fait  croire  qu'un  cholérique  avait  été  apporté 
dans  la  maison. 

D'après  ces  données ,  il  me  semble  facile  de 
fixer  le  traitement ,  soit  pendant  la  période  que 
l'on  a  désignée  sous  le  nom  d'Algide  ou  ner^ 
veuse ,  soit  dans  la  période  de  réaction. 

Prévenir  la  période  aîgide  ; 

Faire  que  la  période  de  stupeur  dure  le 
moins  de  temps  possible  ; 

Prévenir  ou  combattre  les  accidens  consé- 
cutifs : 

Voilà  ce  me  semble  les  indications  à  remplir. 


26 
TRAITEMENT. 

En  passant  en  revue  les  différens  moyens  que 
1  on  a  opposés  au  choléra-morbus ,  on  est  porté 
à  penser  que  les  praticiens  ont  eu  le  pressen-> 
timent  de  la  nature  de  cette  maladie. 

Comme  pour  Tépilepsie,  n'a-t-on  pas  fait 
l'éloge  du  camphre ,  du  musc ,  du  quinquina  ? 
IN  a-t-on  pas  vanté  les  succès  de  la  valériane , 
des  poisons  les  plus  violens?  IN  a-t-on  pas  em- 
ployé la  saignée ,  la  glace ,  les  extraits  alcooli- 
ques, les  exutoires,  les  moxa,  les  prépara- 
tions opiacées,  Fopium,  même  à  forte  dose?  A 
en  croire  les  médecins  qui  les  ont  préconisés  , 
chacun  de  ces  remèdes  a  également  produit  des 
guérisons  ou  du  soulagement.  L'efficacité  des 
remèdes  a  partout  varié  comme  les  caractères 
de  la  maladie  à  laquelle  on  les  opposait,  et  dans 
les  mêmes  lieux  l'emploi  des  mêmes  moyens  sur 
différens  individus  a  produit  également  la  gué- 
rison  ou  la  mort. 

Moins  confiant  dans  l'emploi  de  ces  moyens , 
que  je  ne  crois  pas  plus  efficaces  dans  l'épilep- 
sie  que  dans  le  choléra-morbus ,  sans  toutefois 
les  rejeter  ou  en  blâmer  un  emploi  sagement 
combiné,  je  me  bornerai  à  indiquer  ce  qui  me 
paraît  le  plus  rationnel. 

Si  le  choléra-morbus  est  annoncé  par  des 


2-] 

symptômes  précurseurs,  le  malade  essayera 
d  en  prévenir  le  développement ,  en  changeant 
de  localités  ,  d'habitudes ,  en  se  livrant  à  tout 
ce  qui  peut  changer  ses  idées ,  lui  causçr  des 
distractions  fortes,  des  impressions  vives  ;  c'est 
dans  cette  période  que  les  secours  des  parens , 
des  amis ,  peuvent  souvent  autant  et  plus  que 
les  médecins.  Je  possède  plusieurs  observations 
d'individus  qui  ont  été  guéris  par  des  impres- 
sions vives ,  des  mouvemens  de  colère ,  ou  une 
forte  préoccupation  d'esprit.  Il  ne  suffît  pas 
que  cette  distraction  soit  momentannée,  il  faut 
qu'elle  soit  au  moins  de  quelque  durée.  Pour 
arriver  à  ce  but ,  il  est  quelquefois  nécessaire 
d'obîiger ,  de  violenter  le  patient ,  car  s'il  dépend 
de  lui  de  faire  ou  de  ne  pas  faire ,  le  plus  or- 
dinairement il  restera  avec  sa  préoccupation 
d'esprit.  Je  pourrais  citer  plusieurs  faits  à  l'ap- 
pui de  cette  opinion;  dans  la  crainte  de  sur- 
charger ce  mémoire,  je  renvoie  aux  observa- 
tions qui  ont  été  publiées  dans  les  journaux 
scientifiques  et  politiques. 

Avec  les  moyens  moraux  on  fera  coïncider 
l'emploi  des  ressources  que  nous  offre  la  mé- 
decine. Si  le  sujet  est  robuste ,  on  opérera  une 
forte  soustraction  de  sang,  soit  en  ouvrant  la 


28 

veine,  soit  par  des  applications  de  sangsues  ;  on 
stimulera  la  peau,  par  l'emploi  des  vésicans, 
des  rubéfians,  du  cautère  objectif,  de  la  cau- 
térisation médiate  ou  immédiate;  cest  dans 
remploi  de  ces  moyens  que  je  range  les  flanel- 
les imprégnées  de  liquides  volatils  ou  alcalins, 
sur  lesquels  on  promène  un  fer  très-chaud. 
M.  Petit ,  de  l'Hôtel-Dieu,  cite  plusieurs  exem- 
ples d'individus  qui,  par  l'emploi  de  ce  moyen, 
sont  revenus  à  un  état  de  santé  subit  et  com- 
plet. 

A  l'intérieur  on  administrera  les  moyens  ap- 
propriés à  l'état  d  u  malade ,  l'eau  de  riz ,  les  si- 
rops ,  les  boissons  adoucissantes  ,  calmantes  , 
légèrement  excitantes ,  diaphorétiques  ;  on 
tiendra  le  malade  chaudement,  on  satisfera  la 
soif  en  plaçant  de  la  glace  dans  la  bouche  ^  on 
renouvellera  l'application  des  sangsues ,  on  es- 
sayera les  bains  et  les  lavemens  narcotiques ,  etc. 
Mais  je  ne  conseillerai  ni  le  punch  au  rhum  avec 
addition  de  gingembre  ,  de  gérofle ,  etc.  ,  ni 
l'emploi  du  calomélas  à  la  dose  de  lo  grains, 
d'heure  en  heure,  ni  l'opium  à  de  très-fortes 
doses ,  comme  je  l'ai  vu  conseiller  en  Angleterre. 
Je  m'abstiendrai  de  tous  les  moyens  dont  l'em- 
ploi seul  détermine  constamment  sur  l'homiu^ 


29 

dans  le  plus  parfait  état  de  ^nté,  les  accideils 
€[ue  je  redoute  et  que  je  dois  combattre. 

Si  le  choléra  est  parvenu  à  sa  plus  haute  pé- 
riode ,  froid  de  toutes  les  parties  du  corps , 
cessation  des  battemens  du  cœur,  cessation  des 
vomissemens  et  des  déjections  ;  à  un  étal  de  col- 
lapsus;  on  donnera  au  malade  tous  les  témoi- 
gnages d'une  sollicitude  empressée ,  car  il  faut 
se  rappeler  que  les  fonctions  intellectuelles,  que 
les  sens,  ne  sont  qu'affaiblis,  mais  ne  sont  point 
éteints,  et  que  souvent  le  malade  voit  et  entend. 

L'attaque  nerveuse  terminée,  la  réaction 
commence;  il  faut  se  mettre  en  garde  contre 
les  accidens  consécutifs ,  les  prévenir  par  des 
saignées  locales  ou  générales ,  revenir  à  ce 
iKoyen  aussi  souvent  que  les  circonstances 
l'exigent,  ne  pas  craindre  de  débiliter  le  ma- 
lade; il  vaut. mieux  sortir  du  lit  un  malade  dé- 
bilité qu'un  cadavre. 

L'action  du  cœur  et  les  mouvemens  respira- 
toires ,  l'action  du  tube  intestinal,  les  phéno- 
mènes que  présentent  le  cerveau  et  ses  dépen- 
dances, seront  observés  avec  le  plus  grand  soin. 

C'est  dans  cette  période  que  la  médecine 
sera  puissante  si  elle  est  active.  Il  ne  faut  pas 
quitter  un    instant    le   malade,    c'est    la   mé- 


dication  de  la  minute  :  les  indications  se  suc- 
cèdent avec  une  rapidité  telle  qu'un  instant 
avant ,  le  médecin  ne  peut  prévoir  ce  qui  arri- 
vera. Un  instant  après ,  il  est  trop  tard.  3e  de- 
mande au  plus  habile  médecin  ce  que  peut 
lart  si  le  sang ,  s'étant  porté  avec  trop  de 
force  au  cerveau  ou  au  poumon ,  a  déjà  rompu 
les  artères  ou  déchiré  le  tissu  de  ces  organes* 
Ce  qui  peut  arriver  de  moins  malheureux  pour 
le  malade  c'est  une  congestion  intestinale,  et 
c'est  là  la  raison  pour  laquelle  le  punch,  la 
glace  et  tous  les  autres  excitans  tendant  à  pro- 
voquer cette  terminaison,  amènent  souvent 
des  résultats  moins  fâcheux.  «  Lorsqu'on  voit 
»  rougir  la  langue ,  dit  le  professeur  Broussais , 
»  la  peau  se  colorer,  la  cyanose  disparaître, 
»  on  peut  les  priver  (les  malades  j  de  la  glace , 
»  et  leur  donner  des  boissons ,  mais  pendant 
»  qu'on  s'occupe  d'humecter  la  bouche  et  l'in- 
»   térieur  du  corps,  la  gastrite  se  développe, 

la  réaction  s'opère ,  la  phlegmasie  change  de 
»  mode ,  et  elie  consiste  dans  une  congestion 
»   rapide  vejps  le  canal  digestif. 

»  Plus  dé  vomissemens ,  plus  de  selles ,  le 
»  pouls  lent  s'accélère ,  de  petit  et  de  dur ,  il 
»    devient  plus  large  et  plus  souple,  la  colora- 


5i 

»  tion  brune  de  la  peau  se  dissipe  peu  à  peu^^ 
ï  et  vous  êtes  étonné  de  voir  le  lendemain  le 
»  malade  avec  les  signes  d'une  gastro-entérite 
y>   commençante. 

»  Lorsque  Fasphyxie  et  la  cyanose  ont  dis- 
»  paru ,  et  que  le  malade  reprend  des  forces  ^ 
'  vous  le  conduisez  lentement  et  sans  stimu- 
»  lans.  » 

Si  l'on  oppose  à  l'inflammation  du  canal  di- 
gestif les  moyens  appropriés ,  celte  gastro-enté- 
rite n'est  pas  grave  par  elle-même ,  quand  le 
malade  est  bien  traité  ;  traitée  par  les  stimulans 
elle  dégénère  souvent  en  typhus. 

Je  ne  mets  pas  en  doute  qu'un  médecin  ha- 
bile qui  se  tiendra  en  observation  auprès  du 
malade  au  moment  de  la  réaction  ,  ne  puisse 
prévenir,  en  remplissant  les  indications  du 
moment ,  la  plupart  des  accidens  en  les  com- 
battant à  leur  apparition. 

Je  possède  plusieurs  observations  de  mala- 
des qui  après  la  réaction  se  sont  trouvés  dans 
un  état  complet  de  santé;  les  uns  parce  que 
au  début  de  la  maladie,  où  durant  les  premiers 
temps  de  la  période  aîgide ,  on  avait  pratiqvié 
sur  eux  de  copieuses  saignées;  d'autres  par 
des  circonstances    fortuites    avaient   éprouvé 


02 

peu  de  temps  avant  Finvasion  des  hémorra- 
gies ^  des  pertes  considérables  qui  avaient  fait 
craindre  pour  leurs  jours  ,  d'autres  avaient 
éprouvé  instantanément  des  impressions  mo- 
rales très  vives,  d'autres  avaient  été  soumw  à 
l'emploi  des  excitans  les  plus  puissans  du  sys- 
tème nerveux ,  à  l'application  des  cautères  ob- 
jectifs, transe urrent s ,  de  la  cautérisation  mé- 
diate ou  immédiate,  etc.;  surcesdifFérens  sujets 
la  réaction  s'est  opérée  sans  signes  de  conges- 
tion. 

D'autres,  moins  heureux j  après  avoir  éprouvé 
les  phénomènes  les  plus  violens  de  la  période 
algide,  après  un  état  de  collapsus  si  complet 
que  quelques  malades  avaient  été  laissés  pour 
morts  ,  ont  dû  leur  salut  à  des  saignées  prati- 
quées au  moment  même  de  la  réaction ,  répé- 
tées autant  de  fois  que  les  symptômes  de  con- 
gestion se  sont  manifestés.  Chez  ceux-ci,  ra- 
rement le  retour  à  la  santé  a  été  subit  et  com- 
plet; souvent  iiestrestédes  traces  de  congestion, 
ou  du  cerveau  ou  du  poumon ,  le  plus  ordi- 
nairement du  canal  digestif,  et  quelquefois  de 
tous  ces  organes  en  même  temps.  Avec  du 
temps,  un  traitement  approprié  et  beaucoup  de 
prudence  de  la  part  du  malade,  la  médecine 
triomphe  presque  toujours  de  ces  accidens  con- 
sécutifs. "' 

A  l'appui  de  cette  opinion ,  on  trouvera  un 
grand  nombre  d'observations  consignées  dans 
les  nombreux  écrits  qui  ont  été  publiés  sur 
cette  maladie. 


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